Jean Rouch, Regards persans

Un film de Mina Rad et Julien Coquet

Auteurs : Julien Coquet, Mina Rad

Archives : CNRS IMAGES, INA, CFE

EN coproduction avec Lyon Capitale Tv, avec le soutien de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, du CNC, et la participation de TV5 MONDE.

SYNOPSIS

Jean Rouch a inventé l’anthropologie visuelle, portant pour la première fois un regard décolonisateur sur les cultures d’Afrique noire. Mais une partie plus méconnue de son œuvre s’est aussi tournée vers l’Orient, lui qui était fasciné par la culture perse. De 1971 à 1977, il a ainsi entrepris plusieurs voyages dans l’Iran du Shah, invité par son ami Farrokh Ghaffary, fondateur de la Cinémathèque iranienne. Mais qu’est-ce qui l’attirait dans la culture persane ? Quel regard portait-il sur ce pays ? Quels liens a-t-il tissé avec le cinéma iranien ?

En 1971, le monde entier est fasciné par les fastes du Shah d’Iran célébrant les 2500 ans de l’Empire perse. Dans ce contexte, Jean Rouch débarque pour la première fois à Persépolis. Il se lie d’amitiés avec plusieurs jeunes réalisateurs, dont Hossein Taheridoust, qui réalise Azare Sorkh en 1975, un film sur les phénomènes de possession dans le golf persique. Rouch renomme le film « Les Maîtres Fous iraniens » et fait venir le jeune réalisateur à Paris pour qu’ils travaillent ensemble. Rouch tisse alors des liens avec plusieurs cinéastes iraniens jusqu’en 1977, où Farrokh Ghaffary lui propose d’organiser une rétrospective de ses films à Ispahan, dans le cadre du 1er Festival des Arts Populaires. Lors de ce voyage, la télévision iranienne lui fournit une caméra 16mm et Rouch en profite pour tourner « La Mosquée du Shah », film inédit de 40’ construit comme une balade philosophique et humaniste. Avec son ami Ghaffary, il évoque la beauté dans l’Islam, l’architecture, la mort, le sexe et la création. Une liberté de ton qui résonne terriblement avec l’actualité contemporaine. Puis, loin des réceptions mondaines et des colloques officiels, Rouch prend la route et s’aventure dans la campagne profonde, loin d’Ispahan. Dans un petit village, il souhaite assister à un Tazieh, ce rituel populaire iranien mettant en scène chaque année la mort de l’imam Hossein, mythe fondateur du chiisme. Au cours de la cérémonie, tout le village entre en communion avec les acteurs, sur une musique lancinante qui encourage à la transe. Cette forme de catharsis populaire rappelle à Rouch ce qu’il a filmé en Afrique. De retour en France, Rouch est bien décidé à filmer ce Tazieh qui le fascine tant. Mais la Révolution islamique renverse le Shah en 1978, et c’est finalement Hossein Taheridoust qui filmera le Tazieh, encouragé par Ghaffary et Rouch qui lui fournit les bancs de montage à la cinémathèque française, sauvegardant ainsi un patrimoine culturel unique.

Après 1977, Jean Rouch ne retournera jamais en Iran. Mais il a partagé sa vision du cinéma avec toute une génération, déclenchant une véritable Nouvelle Vague iranienne. Après 40 ans, son influence se fait encore ressentir sur la jeune génération, qui revendique ses méthodes de tournage et son art du récit.

En quelques voyages, Rouch aura laissé une trace indélébile sur le cinéma iranien contemporain.